Famille franciscaine de l'Est Francilien

> Culture

(Lire et sortir)

 

 

> Le dernier Paradis

A.Garrido, Le Dernier paradis, Paris, Livre de poche, 2017,
661 pages, 8,90 €

 

Le Scribe nous entraînait au IX°siècle, Le Lecteur de cadavres dans la Chine du XIII° siècle, Le Dernier paradis plonge dans les affres de la Grande Dépression.  À l’évidence, Antonio Garrido trouve dans l’Histoire matière à inspiration.

Paupérisés par le krach boursier de 1929 et le cataclysme économique et social qui suivit, certains Américains, plongés dans la misère, répondirent à l’espoir d’une vie meilleure au pays des ouvriers. Parmi eux Jack Beilis, un jeune ouvrier des usines Ford de Detroit. Licencié pour ses origines juives, ce qui ne surprend guère lorsque l’on connaît l’antisémitisme d’Henry Ford, Jack recherche les moyens d’honorer le loyer de l’appartement dans lequel il vit avec son père alcoolique.  Impliqué dans une bagarre qui semble avoir coûté la vie à un homme, il prend la fuite. Son ami Andrew, communiste convaincu aspire à rejoindre la patrie des travailleurs avec son amie Sue et entraîne le russophone Jack dans l’aventure. A la faveur de ce roman, le lecteur découvre un épisode peu connu de l’époque troublée que fut l’entre-deux-guerres.  Certains ouvriers désespérés par le désastre social qu’ils vivent aux Etats-Unis aspirent à rejoindre l’URSS où ils trouveraient travail et logement. Désireux de produire des automobiles, les autorités soviétiques passèrent un accord avec Ford afin de créer Autozavod entreprise fondée à Gorki. Les rares touristes qui se rendirent en URSS dans les années 1970 purent ainsi « admirer » le résultat : la Volga chère aux membres de la Nomenklatura. L’ AMTORG recherchait en ces temps des ouvriers compétents pour que l’industrie soviétique prenne son envol. Intourist fondée en 1929 permit donc à un certain nombre de citoyens de l’Oncle Sam de rejoindre le dernier paradis.

Nous sommes loin de Gide et de son Retour de l’URSS, mais Garrido a sans nul doute réalisé un travail de recherche conséquent. Cette dimension de son roman est passionnante. Il dépeint avec efficacité l’illusion de l’idéal soviétique, introduit l’abominable Guenrikh Iagoda et invite même Staline ogre caractériel et tout puissant. Beaucoup d’expatriés américains croient en l’illusion nourrie par la propagande. Certains sont dévorés par le système totalitaire alors que  quelques- uns ne veulent pas voir le vrai visage de cette utopie.
L’intrigue souffre parfois de trop d’invraisemblances, d’une trame sentimentale un peu mièvre et offre un envahissant super-héros courageux, doté d’inépuisables  ressources. Une intrigue parfois servie par des personnages à la crédibilité douteuse et des passages sentimentaux bien fades mais l’intérêt du livre ne réside pas là. La trame historique est ahurissante à telle adresse que beaucoup se précipiteront sur la toile pour vérifier qu’il y eut effectivement des Américains pour émigrer en terre soviétique. Curieusement, le nom de Beilis lui-même évoque la sinistre affaire Dreyfus russe. Littérairement parlant, ce roman est décevant mais l’histoire qui le porte vaut à elle seule que l’on se saisisse de l’ouvrage que nous n’abandonnons que lorsque l’on atteint la dernière page.

Erik Lambert.


AccueilArchives Contact
Site réalisé par Mirage